La loi sur l’aide à mourir crée un nouveau droit très large qui déstabilisera toutes les personnes
éligibles, alertent Marie-Dominique Trébuchet et les membres de la Cellule de veille
bioéthique du diocèse d’Angers. Face à cette pseudo-liberté, chacun, chrétien, citoyen, doit
redoubler de soutien à ceux qui souffrent.
La proposition de loi sur l’aide à mourir engage gravement notre société et la manière dont elle
traite les plus fragiles. Alors qu’elle a recueilli une faible majorité à l’Assemblée nationale,
nous attendons un sursaut éthique des sénateurs. Membres de la Cellule de veille bioéthique du
diocèse d’Angers (CVB), composée de personnes appelées par l’évêque, nous adressons un
message aux parlementaires et à toutes et tous, femmes et hommes de bonne volonté, pour
alerter sur les travers dangereux de cette loi et lancer un appel à l’engagement chrétien et
citoyen.
Engagés dans le soin, la visite et l’accompagnement, les aumôniers, soignants et bénévoles
auprès desquels la CVB intervient connaissent la réalité que la société fuit en la leur déléguant,
celle de la solitude et parfois de l’abandon des plus vulnérables : personnes âgées, malades,
dépendantes, qui déjà pensent qu’elles sont de trop, coûtent cher, prennent du temps, et que leur
vie ne vaut plus d’être vécue.
Les promoteurs du texte sur l’aide à mourir affirment que c’est une loi de consensus, très cadrée,
qui ne concernera que de rares cas, très exceptionnels. La réalité est la création d’un droit très
large qui déstabilisera les plus fragiles, tous les « éligibles » qui seront les premières victimes
de ce « droit ». En passant de l’exception à la règle, toutes les personnes fragiles confrontées à
la souffrance devront se poser la question du possible recours au suicide. La société leur envoie
un signe fort en ce sens.
Cette loi crée un nouveau droit-créance : la liberté de quelques-uns impose un devoir à d’autres.
Si les médecins et les infirmiers bénéficieront d’une clause de conscience, il n’en ira pas de
même pour les établissements confessionnels, ni pour l’ensemble du personnel qui prend en
charge les plus fragiles en fin de vie. Or tout le personnel, même s’il ne participe pas directement
à la réalisation du geste létal, sera impacté par ces pratiques suicidaires ou euthanasiques dans
l’institution ou le service dans lequel il prend soin des fragiles.
Nous avons la responsabilité de les protéger et de les accompagner, de leur donner les moyens
de résister, de dire leur souffrance. Prenons d’ailleurs conscience d’une chose : si les
parlementaires ménagent des clauses de conscience pour ceux qui participeront directement à
l’acte létal, c’est bien parce que le geste est éminemment transgressif. Ils reconnaissent là
implicitement qu’il peut porter atteinte à la personne qui s’y prête, même au nom de la
compassion.
Avec le délit d’entrave, toute personne qui tentera d’empêcher un suicide prendra
potentiellement le risque d’être poursuivie. Cet accompagnement étant l’essence même des
soins palliatifs, ces services en seront fortement fragilisés, alors qu’ils sont déjà en difficulté et
que leur développement est nécessaire et souhaité par tous. Sommes-nous convaincus que
chaque personne en grande souffrance exige de nous que tout soit mis en œuvre pour la soulager
et l’accompagner ? Alors, développons concrètement les moyens des soins palliatifs en
formant les personnels et en créant des structures.
Le délit d’incitation à « l’aide à mourir » a été voté sur amendement. Il est toutefois moins puni
que le délit d’entrave. Il est moins répréhensible d’inciter au suicide que d’inciter à ne pas se
suicider. Cela est-il moralement et socialement acceptable ? Qu’est-ce que cela dit de la
prévention du suicide et de la non-assistance à personne en danger ? Nous portons
collectivement une lourde responsabilité.
Les députés en faveur de l’aide à mourir ont mis en avant la liberté absolue de l’individu : ces
propos sont ceux de bien portants. Car si la liberté des personnes fragilisées par la maladie, le
grand âge et la souffrance demeure entière, chacun sait quand il a en été le témoin, qu’elle
s’exerce dans des situations de contrainte et qu’elle est fragile et vulnérable. Clamer la liberté
absolue fait écran aux attitudes d’abandon. La liberté peut peser lourd sur les épaules de celui
qui appelle un soutien.
Ce débat doit réveiller nos consciences : que souhaitons-nous dire collectivement aux plus
fragiles ? Que notre société de liberté leur a concocté un droit nouveau qu’ils ne pourront pas
refuser tant il est adapté à leur situation (pesante pour tous) ? Ou bien, et c’est cette option que
nous défendons, que notre société de fraternité s’engage à déployer tout son trésor
d’accompagnement et de soulagement des plus souffrants jusqu’à la mort, parce que son
humanité se joue là ?
Nous, chrétiens et citoyens, sommes tous concernés. La résistance à l’euthanasie doit passer par
notre engagement concret auprès des plus âgés, des malades, des handicapés, dans nos familles,
dans nos communautés, nos lieux de vie. Nous ne pouvons pas faire reposer sur les seuls
soignants la responsabilité qui nous incombe à tous de présence et d’attention aux plus
vulnérables. Nos actes parleront.